Un peu d'anthropologie post-tremblement de terre / Some post-earthquake anthropology

Publicado en por Thom&Anne

 

Un jour que je remettais mes lunettes d’anthropologue (reste a savoir si je les enleve jamais reellement….) je me suis dit que le tremblement de terre allait fournir un bon paquet de sujets d’études aux sociologues confirmés et débutants ici dans le pays. Et je me suis amusée a penser à tous ces étudiants en sociologie qui allaient probablement choisir un sujet de mémoire lié a l’événement (pour ne parler que de la sociologie….), comme nous avions choisi les notres au moment de nos études.

 

Et voila qu’un sujet de polémique surgit ici dans le pays (sans que ca fasse la grosse Une des journaux non plus mais bon quand meme assez pour que l’actu soit nationale) et me donne finalement l’occasion de vous raconter un peu certains aspects sociologiques/anthropologique post-terremoto.

 

polerasCe sujet de polémique ?Un T.Shirt !

Un T-Shirt qui porte comme slogan « J’ai vécu le tremblement de terre de 2010 ». 

La polémique ?

Les commentaires choqués d’une grande partie de gens qui trouvent que c’est honteux, outrageant, profiteur, irrespectueux du « tragique » (c’est pas de moi) et des victimes… etc, etc, etc….

 

Nous on n’y avait pas du tout pensé en fait. On trouvait ca assez drole en fait meme si sincrement, je trouve le T-Shirt un peu trop dégarni pour que le résultat soit vraiment sympa et nous donne envie de l’acheter justement.

 

 

Alors revenons un peu dans le temps, quelques jours seulement apres le fameux tremblement de terre…

 

Tout d’abord, ce qui fut intéressant et que beaucoup de résidents étrangers ont vécu ici, c’est que beaucoup s’attendaient à nous voir partir tout simplement, apres avoir vécu ce que nous avons vécu.

 

Quelques jours apres le tremblement de terre, nous avons rempli notre voiture de gros sacs pour aller a Chillán laver notre linge chez des amis qui avaient l’electricité.

Le lendemain, une des vieilles femmes du village, que nous connaissons bien, me dit « Et oú etes vous allés hier ? » Et quand je lui réponds que nous avons été a Chillán laver notre linge, elle me dit « je pensais que vous aviez fait vos valises et que vous vous en alliez». Et moi de tomber des nues ! J’y avais meme pas pensé. Ca a du jaser dans le village ce jour la!

Alors au fur et a mesure des jours qui ont suivi, on a tendu l’oreille …

Et oui, beaucoup nous regardaient autrement, comme si nous n’etions vraiment plus des touristes résidents dans leur village. Mais bien des habitants du village en tant que tels. Et l’un de me dire qu’il était étonné que nous ne soyons pas partis apres avoir vécu ca, et les autres de nous dire qu’ils pensaient vraiment pas qu’on allait rester apres ca. Meme certains amis s’y sont mis. Ca alors ! Et nous qui n’y avions meme pas pensé !

Le truc, c’est que ce n’est pas seulement a nous que c’est arrivé mais a bien d’autres « non-chiliens » aussi.

A dire franchement, je réponds que s’il faut partir du pays, autant partir avant car l’événement est assez traumatisant pour qu’une fois vécu, ca ne vaille pas le coup de s’en aller. Mais c’est personnel bien sur.

 

L’autre chose marrante, c’est la constante question que nous posent les gens, le regard fier « c’était la premiere fois pour vous ?! »

Et nous de dire, a moitié amusé, a moitié irrité (quand cette question vient pour la 100eme fois dans la semaine, ca finit par vous irriter un peu ) « oui et non. Il y a eu déjà pas mal d’avertissements, vu que la terre a tremblé quelques fois dans les mois qui ont précédé… » et puis sincerement, « pour vous aussi c’était la premiere fois, a moins que nous n’ayiez vecu a Valparaiso meme en 85 ou du coté de Valdivia en 60 ».

Des jeunes de notre age ici disent que pour eux aussi ce fut la premiere fois ! Et je pense que ce fut le cas pour beaucoup en fait, rien que par son intensité. Alors c’est marrant.

 

C’est comme si toutes ces choses se melaient un peu pour nous dire que seul un chilien (dont l’image nationale et patriotique colportée est celle d’etre un peuple fort et robuste) pouvait vraiment survivre psychologiquement a un tremblement de terre. … (a moins que ce ne soit pour nous dire qu’il faut vraiment etre fou pour vouloir vivre dans un pays ou ca tremble si fort alors qu’on n’en est meme pas originaire….)

 

En tout cas, les choses ont changé et les gens nous regardent autrement.

 

Ce qu’on voit alors, c’est que ce tremblement de terre a joué un sérieux role dans la construction de la mémoire collective nationale.

Tellement fort que je me dis qu’un des sujets d’anthropologie que moi j’aurais choisi si j’avais été une étudiante chilienne en antropologie aujourd’hui, c’aurait été d’aller interroger par catégorie les chiliens qui justement « N’ONT PAS VECU LE TREMBLEMENT DE TERRE DE 2010 » : les chiliens en vacances a l’etranger au moment du tremblement de terre, ceux qui étaient dans l’avion au moment des secousses et qui furent déroutés sur une autre destination ou dans une ville du nord, ceux qui vivent dans les régions les plus reculées et qui ne furent pas dans la zone d’onde du séisme.

Parce que cet évenement est aujourd’hui encore si puissant dans le collectif, chacun y va de son vécu, de ses photos, de ses émotions, de « oú étais-je et comment ai-je réagi ? » (en soulignant de vous a nous que la hierarchie se fait fort entre ceux qui étaient pres de l’épicentre et ceux qui en étaient éloignés… les gens de Concepcion pensent par exemple que nous n’avons pas « vraiment » vécu le tremblement de terre)…

Donc je pense que meme si en effet les gens qui N’ETAIENT PAS LA ont eux aussi leur experience du tremblement de terre, meme si elle est différente, je me dis que ca ne doit pas etre facile de NE PAS AVOIR ETE LA et de se retrouver au milieu d’un groupe aujourd’hui, quand les gens continuent de ne parler que de ca. Car c’est nationalement tres fort.

 

Voici pourquoi on trouvait que la polémique du T-shirt venait a point pour vous parler de ca… avec les réactions qu’il suscite (et qui pourraient faire le sujet d’un autre post d’ailleurs tellement je trouve qu’il illustre bien des aspects culturels chiliens).

Cet événement est trop utile pour la mémoire collective et l’identité personnelle pour que beaucoup acceptent qu’on en rie aujourdhui… Le fait aussi qu’ironiquement, ce T-Shirt ait été vu en vente surtout justement dans les régions du Nord-Nord du pays, ou la terre n’a pas, ou extremement peu tremblé justement (comme Iquique, Arica, etc.). Comme s’il fallait s’approprier cet événement de quelque manière que ce soit pour y participer vraiment….

 

Bon…. Nous encore une fois, l’idée du T-Shirt ne nous a pas dérangé. Mais franchement on a trouvé qu’il n’était pas tres travaillé. Ca fait un peu « fait a la va-vite », ce bete T-shirt noir avec ce slogan qu’on aurait pu nous meme faire imprimer depuis notre ordi.

 

Et puis si on peut se permettre, pour tous ces étrangers comme nous qui l’ont vécu, on proposerait bien d’autres slogans aussi, du style :

 

“AHORA NO ME PREGUNTEN MAS

SI SOY CHILENO. VIVI EL TERREMOTO IGUAL!”

(maintenant ne me demandez plus si je suis chilien

Je suis chilien. Moi aussi j'ai vécu le tremblement de terre!)


“SI SOY CHILENO.

QUASI SE ME CAYO LA CASA IGUAL!”

(Oui je suis chilien.

J'ai presque perdu ma maison pareil!")


“ CHILENO COMO EL POROTO? NO!

CHILENO COMO EL TERREMOTO DE 2010? SI!”

(Chilien comme le haricot? NON!

Chilien comme le tremblement de terre de 2010? Oui!")


(bon, celui la y’aura probablement que les chiliens qui pourront le comprendre. Parce qu’il faut savoir en fait que le haricot (Poroto) fait partie des trucs dits “nationaux”: Et on m’a déjà demandé si j’etais "chilena como el poroto" parce que je disais que j’etais pas touriste. Bref c’est une blague locale….)

 

Reste a savoir quelles seraient les réactions face a ces slogans si déjà les esprits s’échauffent devant le T-Shirt en photo…….


(source de la photo : http://www.radiobiobio.cl/2010/04/27/poleras-que-celebran-haber-vivido-el-terremoto-%C2%BFcuestion-de-actitud-o-frivolidad-de-moda/ )



One day that I was wearing back my glasses of anthropologist ( I don’t know if I ever really put them aside though) I thought that the recent earthquake would provide a whole bunch of thesis subjects for the  professional sociologists and beginners, who would probably choose a thesis related to the event (only to speak about sociology here….).

 

And here it comes, that there is a good debate these days in the country (well it is not the front page of the newspapers but it is a national newstitle though).

 

And so it gives me the opportunity to speak to you about some sociological/anthropological aspects post-earthquake.


TShirt-YO-VIVI-EL-TERREMOTO.jpg

The subject of debate ? A T.Shirt !

A T-Shirt that says « I have lived the 2010 earthquake ».

The debate ? The shoked reactions, outraged, of many people who think it is shameful, taking advantage of the situation, lacking respect of the « tragic » (this is not from me) and of the victims, and so on, and so on, and so on….

 

Well. We never thought about this actually. We even thought it was kind of funny eventhough we also thought that the T-Shirt in itself was kind of ugly and not-so-well-done, not enough to give us the desire to buy it.

 

But let’s go backward a little bit, to a few days just after the earthquake…

 

First of all what was interesting, and that many foreigners others than us have lived as well, is that many chilean people around us here thought we would just leave the country.

A few days after the earthquake, we had to pack the car with big bags because we were going to a friends’s house in Chillán for the day to do our laundry, because they had electricity and we had not.

The next day, one of the old women here in the village saw me and asked « Where did you go yesterday ?» And when I told her that we had gone to Chillán to do laundry she said “I thought that you had packed and were leaving”. I almost fell down with the surprise. Never even occured to me! I think people must have talked a lot this day in the village!

So the next days, we listened more attentively….

And Yes, many where watching us differently, as if we were not anymore just “residential tourists”, but inhabitants of the village now. One would tell me that he really didn’t think we would stay after that. Others saying that they thought we would have left from now on! Even friends told us this. And we had never thought about this actually. But we are not the only ones, and many “non-chilean” have had the same experience.

To say frankly, I often answer that if you have to leave, better leave before because the event is sufficiently traumatic like this, that it's not worth leaving after. But it is personal statement of course.

 

The other funny thing, is the constant question that people ask us somehow proudly…. « it was the first time for you ?! »

And us to say, amused but irritated at the same time (when it is like the 100 time people ask you this same question) "yes and no. There has been some warning, because the earth shook a few times before in the past months…" and frankly, “for you as well it was the first time, unless you were in Valparaiso in 85 or in Valdivia in 1960”.

Young people from our age here say that for them as well it was the first time! And it was the case for many others as well just by its intensity. So it is funny.

 

It is as if everything was coming to tell us somehow that only a chilean (whose national and patriotic image is painted as a strong and though nation) could psychologically stand an earthquake (…unless it is to tell us that we must be really crazy to wish to live here where it is shaking so much and when it is not even our country…)

 

In every case, things have changed and people here look at us diferently.

 

What we can see is that the earthquake played a serious part in the construction of the national collective memory.

So strong that if I was still a young student in anthropology I would have chosen one very particular subject, going to the chilean people “WHO DID NOT LIVE THE 2010 EARTHQUAKE”: Chilean who were on holidays outside the country the day of the earthquake, those who were in the plane right at the moment of the sismo and who got transferred to other country or in the northern regions of the country, those who live so far in the extreme regions that they did not feel any shake that night.

This event is still so strong to this day, so powerful in the collective counsciousness that it is common to speak about ones experience, show pictures, talk about ones own emotions, say “where I was and how I reacted…” and so on. (It seems that there is a hierarchy building as well between people, going from those who were near the epicentrum and those who were further.. saying somehow that you did not suffer the trauma as much as we did…. Well this is what happens to us when people of Concepcion speak to us here in our mountains ).

So, eventhough I think that Chilean WHO WERE NOT HERE PHYSICALLY have also their own experience of the earthquake, for it must be really hard NOT TO BE THERE when that happens, I still think that it must not be so easy for them when they get in a group for everyone is still talking about the event all the time, and it is nationally really strong.

 

This is why the debate of the T-shirt was arriving perfectly to speak to you about this with the reactions that it develops (and that would give us a good opportunity of anotherpost for it illustrates very well some cultural aspect of the Chilean people, from our point of view).

I would say that this event seems too much useful for the chilean collective memory and the personal identity of its people to be a subject of humor and fun today….

Ironically, it seems that this T-Shirt was mainly sold in the northern regions of the country (like Iquique, Arica, etc.), where it did not shake at all or very little at that time. Like if it was necessary to participate to the event in ones own way. ….

 

Well…. Once again, we were not shoked by the idea of this T-Shirt.

But frankly, we thought that the design was really bad and that it really looked « easy made » and not really designed. And if we may….

 

For all the foreigners like us who did live the earthquake as well. we would offer some other T-Shirts as well, like:

“AHORA NO ME PREGUNTEN MAS SI SOY CHILENO.

VIVÍ EL TERREMOTO IGUAL!”

(“Today do not ask me anymore if I am Chilean Yes I am.

I lived the earthquake as well.” )

 

“SI SOY CHILENO.

QUASI SE ME CAYÓ LA CASA IGUAL!”

(“Yes I am Chilean.

I almost lost my house as well!”)

 

“ CHILENO COMO EL POROTO? NO!

CHILENO COMO EL TERREMOTO DE 2010? SI!”

(“Chilean as the haricot pea ? No.

Chilean as the 2010 earthquake? Yes!”)

(Well only chilean would understand this one I guess. One has to say that the haricot bean (Poroto) is one of the “national thing” here. And it happened to me that when I said once that I was not a tourist, someone asked me if I was Chilean like the Haricot bean (Chilena como el poroto ?) So it is a local joke.)

 

Don’t know though the reactions of the rest of the people if I had a T-Shirt as such… when you see how emotional they get with the T-Shirt in picture.

 

(Source of the photo : http://www.estrellaarica.cl/prontus4_nots/site/artic/20100419/pags/20100419000020.html)

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